90 ans, ça se fête ! # 1 : Caroline Hilliet-Le Branchu

Célébrer 90 ans d’existence en racontant l’histoire des femmes et des hommes qui ont fait, et font, la belle-iloise. Les rencontrer, les questionner, traverser leur existence. C’est ce que nous vous retranscrivons en images et en mots, pour partager un moment ensemble en cette année-anniversaire. Et on commence dès maintenant avec le portrait de celle qui dirige la Conserverie depuis 2011 : Caroline Hilliet Le Branchu, Présidente-directrice générale de la belle-iloise, petite-fille du fondateur.

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LE TRAVAIL 

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  • Être cheffe d'entreprise, c'est davantage de soucis ou de joies ?

C’est surtout beaucoup de satisfactions. Bien sûr, il y a des difficultés, des aléas. Mais qui n’en a pas ? Quand on arrive en haut d'un sommet, on est heureux parce qu’après s’être beaucoup donné, on a réussi ! Et je trouve qu'une entreprise, c'est un peu ça. C’est comme gravir une chaîne de montagnes. Quand on atteint un objectif, on est à la fois content des efforts effectués et fier du résultat. Puis on se dit « Bon, allons franchir l'autre montagne ! ». Et on y va, et on réussit ensemble. C’est cela qui est grisant, et qui me rend fière. Ce que nous avons fait en 2020-2021 est un bon exemple. Avec l'ensemble des équipes, nous avons fait des choses incroyables pour surmonter le contexte et ses difficultés. Grâce à elles, la belle-iloise s’en est sortie, et c’est une grande fierté.   

Ce que j’aime dans cette histoire d'entreprise, c'est l'aventure collective. Travailler avec des gens, c'est parfois difficile : on se comprend, on ne se comprend pas, on est d'accord, pas d'accord. Mais c'est tellement riche et stimulant ! Écrire la suite de l’histoire est ce qui m'anime. L’entreprise a beaucoup grandi : il y a 20 ans, ils étaient 5 ou 6 dans les bureaux, on est une centaine aujourd'hui. Et pourtant, c’est la même aventure humaine.

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  • Avez-vous eu des modèles, fictifs ou réels, qui vous ont inspirés ? 

Mon père m'a appris, m’a inspirée. Nous sommes différents, et ce n’est pas la même génération, mais le souci de la qualité, l’exigence, c'est sûr que ça me vient de lui. Et il y a ma mère, qui est un grand soutien, un support serein et bienveillant.  

Au-delà de la famille, je n’ai pas vraiment de modèle, mais je suis vivement impressionnée par les personnes capables d'inventer des choses qui changent nos vies. Je me dis « Comment ont–ils eu cette idée ? Comment ont-ils sorti ça de leur tête ? ». C’est fascinant parce qu'il y a un avant et un après. À partir de leurs convictions, ils inventent ce qui deviendra parfois un standard pour tous. Transformer la volonté d'être utile en idées, puis les rendre réalité, c'est génial. C’est à cela que doit servir une entreprise.

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  • Vous guidez la belle-iloise depuis 2011, comment faites-vous pour éclairer l'avenir ? 

Il faut avant tout savoir où l’on veut aller, où l’on veut emmener l’entreprise. La vision, c'est primordial. Et puis il faut y croire. Il s’agit de se poser les bonnes questions : « Qu'est ce qui m’anime, me plaît ? Qu’est-ce que je veux accomplir ? ». Ce sont ces projections personnelles qui alimentent la vision, que l’on travaille ensuite en groupe pour décider de la direction à prendre ensemble. Puis l'enjeu, c’est qu’au sein des équipes, chacun se l’approprie. Il faut échanger, communiquer, illustrer par des exemples concrets, afin d’embarquer tout le monde pour que chacun trouve sa place, et soit acteur du projet commun. 

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L'ENGAGEMENT

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  • Quelles convictions personnelles vous font avancer ?

En tant que dirigeante, j’ai une responsabilité : faire en sorte que l’entreprise soit utile dans son domaine et son écosystème. Par ailleurs, je suis convaincue que l’on est ce que l'on mange, car la façon dont on se nourrit a un impact sur notre santé et sur l'environnement.

En France, notre secteur de l’alimentaire a un réel savoir-faire qui s’exerce sur un territoire favorable, et qui progresse pour des modes de production plus durables. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, et nos entreprises doivent encore aller vers plus d’exemplarité. 

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  • Selon vous, comment va le monde aujourd’hui ?

Il y a un dérèglement climatique et un effondrement de la biodiversité, bien réels. Quels impacts ont-ils sur nous ? Comment les minimiser ? C’est ça, l’enjeu aujourd’hui. Et il y a deux façons de l’appréhender : soit on ne fait rien car on se dit que tout est foutu, soit on aborde les choses avec une vision plus optimiste. Il y a des gens avec de bonnes idées qui y croient, qui apportent des solutions. Et je suis convaincue que plus on est nombreux à agir, mieux on y arrivera.

Le monde de demain ne sera pas du tout pareil, mais ce n’est pas forcément négatif. On entre dans une nouvelle ère, et les changements sont déjà là. Quand on passe d’un monde à un autre, il y a un temps intermédiaire. Et cette période de transition, c’est maintenant. On sait d'où l’on vient, mais on ne sait pas encore où l’on va. On est en train de l'inventer. Donc le mieux, c'est de rester le plus agile possible, sur ses deux pieds. 

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LA FAMILLE

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  • Ça représente quoi pour vous la famille ? 

La famille nous forge, contribue à ce que nous devenons. On est chacun issu d'une histoire, et on la porte en soi. Comme un bagage, un fardeau ou une aura, mais on la porte. Mes valeurs, ce que je suis, me viennent clairement de ma famille. Et en cas de problème, je sais que je peux compter sur elle. C'est un socle solide, une grande force. Avec la famille, on sait passer outre les désaccords, au-dessus des différences. C’est un apprentissage du vivre ensemble. La famille a une place très importante dans ma vie. Par exemple, on a toujours fêté Noël ensemble, et je n'en ai pas manqué un seul depuis que je suis née. C'est très important, c'est de l'ordre du symbolique.

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  • Que vous a transmis votre famille que vous souhaitez transmettre à vos enfants ? 

Ce qui est fondamental, c’est le respect, la tolérance, l’ouverture d’esprit. C’est ce que m'ont appris mes parents : qui que nous soyons, et qui que soit l’autre, on a forcément quelque chose à entendre.

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LES SOUVENIRS

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  • Si vous deviez rattacher Quiberon à un souvenir précis, ce serait lequel ?

Quand je pense Quiberon, je pense Côte sauvage. Enfant, c'était la route que nous prenions pour rentrer à la maison. Et une fois adulte, quand j’habitais Lille ou Paris, je passais toujours par là pour aller chez mes parents. J’ouvrais les fenêtres : j’avais besoin de l’air marin, de l’iode. Dès que j’arrivais, je partais à pied me promener sur la Côte. J’adore, c'est beau : l'horizon, sans rien qui bloque la vue.

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  • Si on regarde en arrière, de quoi êtes-vous la plus fière ? 

Lorsque mon père m’a confiée les rênes de l’entreprise, j’avais 36 ans. C’est jeune. Et même si on s’est préparés pendant 5 ans à cette transition, c’était un sacré gage de confiance. Quand je regarde où en est l'entreprise aujourd'hui, et tout le chemin parcouru depuis que je suis là, je suis fière. Fière de m’être montrée digne de cette confiance, et d'avoir choisi les bonnes personnes. Bien s’entourer est essentiel. Au-delà de la fierté personnelle, il y a surtout la fierté de l'équipe qui a permis cela.

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  • Que dirait l’enfant que vous étiez à la femme que vous êtes devenue ?

Elle dirait « Mais c’est n'importe quoi ! ». Comme j'ai toujours aimé les choses qui bougent, qui changent, ma hantise était de travailler dans un bureau. Je voulais faire un métier actif, où on est dehors. 

Mais en fait, j'adore mon métier. Je ne bouge peut-être pas autant que je l'avais souhaité, mais les sujets que j'aborde au quotidien varient, et l'entreprise se transforme. Tout simplement parce que le monde dans lequel nous évoluons change. Bref, être cheffe d'entreprise, c'est n'avoir aucune journée qui ressemble à l'autre, c'est se remettre en question tout le temps, apprendre, et imaginer un futur différent. Donc moi qui ai toujours aimé les choses qui bougent, je suis comblée. Et en plus, je vis dans une région magnifique, où j'ai eu la chance de pouvoir faire grandir mes enfants.

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BIEN MANGER

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  • Enfant, votre madeleine de Proust, c'était plutôt la Saint-Georges ou la crème de sardine ? 

Les filets de thon. Ce sont les ventrêches, la partie ventrale, mises en conserve avec un peu d'huile d'olive. C’est très bon, très fin. 

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  • Et aujourd’hui, c’est toujours votre conserve préférée ? 

Aujourd’hui, ce sont plutôt les sardines entières ou les filets de maquereau. J’adore les filets de maquereau Tout simplement, et les classiques : moutarde, tomate, vin blanc… À côté, je fais un légume, et je mange le poisson tel quel. J’utilise aussi beaucoup de thon et d’émiettés pour faire des salades. On ne peut pas faire plus simple que les conserves, en fait. Et tout le monde aime ça à la maison. C'est très inscrit dans notre quotidien. Par exemple, notre classique pour l'apéro, c'est de mélanger une boîte de sardines avec un peu de fromage frais et une échalote ciselée. C'est super bon avec des carottes ou sur du pain. Sinon, mes fils mangent souvent des tartinables en encas, avant le repas, ou après. Les ados, ça mange beaucoup ! D’ailleurs, celui qui est étudiant emporte toujours un carton de boîtes la belle-iloise avec lui.  

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  • Et pour vous, qu'est-ce que bien manger ? 

Bien manger, c'est déjà manger sainement, de manière équilibrée. Personnellement, je mange des légumes tout le temps. Il n’y a pas un repas sans légumes. Bien manger, c'est aussi respecter le bon goût des choses. Je fais très attention à la qualité des produits car je les cuisine peu, je relève simplement le goût avec un peu d’épices. Il faut que ce soit très frais pour les vitamines et minéraux.

Et bien manger, c’est du plaisir. J’aime la convivialité, le côté un peu festif du repas : se taper la cloche, se faire une bouffe, chez soi ou au restaurant. Pour moi, le repas, ça se prend ensemble. La table, c'est fait pour échanger, partager. Un repas ce n’est pas rien, c’est un moment important.

  • Pourquoi sensibiliser au bien manger aujourd'hui ? 

Aujourd’hui, on sait que la santé passe par l’alimentation. J’en suis convaincue. Mais il y a bien manger au sens de l’équilibre alimentaire, et bien manger au sens environnemental. Et ça, je n’en avais pas autant conscience avant. Je mangeais équilibré, j'achetais des légumes, mais je ne me demandais pas où, ni comment ils avaient été produits. Je prenais des courgettes en hiver, par exemple. Mais j’ai progressivement compris que manger a aussi un impact sur l’environnement. C’est pour cela qu’il faut sensibiliser, pour que chacun en prenne conscience. 

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  • Selon vous, est-ce que la conserve est un produit du 21e siècle ? 

Oui, complètement. C’est un super produit : on n’a pas besoin de réfrigérateur pour stocker une conserve, ça se garde des années, et la seule chose à faire est d’ouvrir la boîte. Et puis c’est plein de nutriments, à condition de mettre de bonnes choses dedans. Donc j’y crois, c’est un produit d’avenir. Pour les jeunes générations, ça peut paraître un peu austère, vieillot… Mais c’est à nous, les conserveurs, de la rendre plus séduisante.

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L'AVENIR

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  • Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous ?  

Je ferais en sorte que l’on puisse manger responsable au niveau mondial. Même en France, ce que l’on propose n’est pas systématiquement produit de manière éthique. Par exemple, nous importons des matières premières parce qu'elles sont moins chères, et nous exportons les mêmes matières premières dans d'autres pays. C’est un non-sens. Je voudrais qu’on arrête ces flux inutiles, et que l’on intègre davantage la saisonnalité des produits. Trop de choses sont encore consommées hors saison, juste par habitude. 

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  • Mars 2032, le soleil se lève sur Quiberon, et la belle-iloise a 100 ans. Où en est-elle ? 

En 2032, la belle-iloise aura rempli sa promesse, celle de permettre à chacun de concilier manger-sain et plaisir. L’entreprise sera plus qu’une conserverie de poisson. Elle le sera encore, parce que ce que l’on fait, on le fait très bien, et on le fera encore mieux demain. Et on sera allé plus loin, on aura enrichi notre offre et l’expérience proposée pour apporter une pierre de plus à l’édifice du bien manger.